08 août 2010

Puerto Varas, à la croisée des tranquilles

Samedi 7 août - Castro

Avant d’avancer plus avant, encore une petite anecdote inquiétante vécue à Pucón, omise dans le précédent récit : le dernier soir, alors que nous rentrons à l’auberge, une voiture de la Policia est stationnée juste devant, gyrophares allumés. Deux agents en costume kaki se tiennent droits comme des i dehors, juste à côté de la porte d’entrée extérieure de notre chambre. Ils ne répondent pas à notre salut embarrassé. Quelques minutes passent dans la chambre. Je me risque à jeter un œil à l’accueil : trois personnes inconnues, civiles, qui semblent agacées de ma présence, me disent d’avancer plus loin. Alexis n’est pas là. Le feu est presque éteint, il fait sombre. L’un des hommes ouvre les placards de la pièce et scrute les étagères avec une lampe de poche. Je m’enfui à nouveau jusqu’à la chambre, sous l’œil torve du policier, dehors. J’y retourne 15 minutes plus tard : la voiture n’est plus là, ni les trois inconnus, et Alexis, derrière son comptoir, arbore son plus beau sourire de surfeur. Je lui demande ce qui s’est passé : « nada, nada ! », souriant. Je n’y avais plus repensé depuis, mais ça ne vous parait pas étrange, à vous ?

Mais revenons à nos moutons, plus au sud, du côté de la jolie Puerto Varas…


Jeudi 5 août

Puerto Varas. Dès notre arrivé, on est frappé par les nombreuses maisonnettes (d’architecture allemande, on l’apprendra par la suite) dont les façades joliment peintes sont constituées de multiples petites lattes de bois juxtaposées (un peu comme des tuiles), avec des toits en ardoise bien typiques. On se croirait un peu en Finlande. Les quelques rues qui constituent le centre ville sont agglutinées à proximité d’une grande baie portuaire, porte d’entrée de l’immense lac Llanquihue dont on ne distingue que les contours les plus proches avant de les perdre dans la brume. Une atmosphère de quiétude se dégage de ce qui semble être un sympathique village de pêcheurs, et on y ressent une forme d’authenticité qui faisait un peu défaut à Pucón. Le temps, lui, est plutôt au gris.

A la casa Margouya, petite auberge bien bab’ au 1er étage d’un bâtiment jouxtant le lac, Marie nous accueille chaleureusement. C’est une jeune française sympa qui gère le lieu avec son copain chilien Richie, pendant que Nico, l’ardéchois à l’origine du truc, s’occupe d’un pub à bières qu’il a ouvert la rue d’à côté. Pas cher et roots, avec une super petite cuisine équipée et une pièce centrale super agréable avec des tentures multicolores, une table, de la musique, un chien qui dort sur un fauteuil. Quand on explique à Marie qu’on compte descendre jusqu’à la terre de feu, elle fait une espèce de grimace que j’ai déjà vu… sur tous les visages des gens à qui on a parlé de notre itinéraire ! Rassurant.

Petite promenade sur une petite colline boisée dominant la ville et le lac. L’activité accrobranche y est possible… l’été. Des zizis de taille clairement exagérés sont griffonnés à la hâte sur des panneaux de signalétique en bois. Ça, c’est comme le Coca Cola, yen a vraiment partout, signature universelle d’une race humaine masculine définitivement portée sur son attribut de naissance. La redescente vers le centre nous permet de croiser encore de nombreuses maisons top classes, dont les toits sont irisés par une belle éclaircie.

Petite soirée cool à l’auberge, de lecture, de discussions, d’Internet et de quelques fruits.


Vendredi 6 août

Il a plu toute la nuit, mais le ciel semble un peu plus clément ce matin là. On se prépare un festin au petit déj à base de victuailles achetées la veille dans un supermarché : salade de fruits frais, yaourts, café, œufs brouillés au fromage, jus d’orange pressé… avant de se diriger vers la rue d’où partent les micro-bus en vers les alentours. Direction les fameux Saltos de Petrohue, sur une rivière idéale pour faire du rafting… l’été. Le spot, à 1h30 de route, vaut vraiment le coup d’œil : de magnifiques cascades coulant puissamment le long d’étroites gorges et se déversant dans des cuvettes d’eau bleu turquoise. On peut admirer ce paysage spectaculaire depuis des petites passerelles construites juste au dessus. Et on ne s’en prive pas.

On reprend un bus jusqu’au départ du sentier « le solitario » sensé courir sur 6 km en contrebas du volcan Osorno, et traversant différents types de paysages. On commence par 2 km environ de forêt, le chemin monte un peu mais pas trop, plutôt agréable. Et soudain on se retrouve à l’air libre, plus de sentier, plus rien. De larges travées de sable noir et de roches volcaniques sillonnent un paysage aride essentiellement composé de grosses pierres recouvertes de mousse vert clair. On se décide à suivre une travée noire qui semble grimper vers le volcan… jusqu’à ce qu’elle rejoigne une autre travée et que le paysage nous semble suffisamment hostile et sujet à se perdre pour rebrousser chemin, en suivant nos traces de pas dans le terrain sablonneux noir pour être sûr de retrouver le sentier en sens inverse !

Dans le bus retour pour Puerto Varas, il se met à pleuvoir dru dehors. Abba se met à résonner dans les enceintes du véhicule. L’averse passe, un rayon de soleil irise le lac et un arc-en ciel apparait. Comme par hasard. Merci Abba.

En ville, on essaye de voir les possibilités dans le coin et de prévoir la suite. Plein de trucs à faire, mais la météo des jours à venir ne semble pas s‘y prêter, on décide donc de partir passer quelques jours sur l’île de Chiloé (un peu au sud, sur l’océan pacifique) avant de revenir dans le coin profiter des lacs et des sommets volcaniques, dont on n’a pu pour l’instant que deviner la présence derrière un épais plafond nuageux.

Tous les chiliens que nous rencontrons ici, de l’office de tourisme aux agences de voyages en passant par les serveurs de cafés et les passants, passent beaucoup de temps à nous aider avec une gentillesse rare, essayant de répondre à chaque question avec précision, nous écrivant toutes les infos sur des feuilles de papier, nous recommandant des amis à contacter à différents endroit. Dans la rue, les voitures s’arrêtent pour nous laisser passer aux clous et les conducteurs nous font un signe de la main avec un grand sourire. Dans les bus, tout le monde se salue chaleureusement et les chauffeurs font des crochets de plusieurs centaines de mètres dans des petites rues en terre pour déposer des usagers juste devant chez eux. N’importe qui peut monter et descendre n’importe quand. La vie s’écoule paisiblement ici, et on sent une belle humanité, des gens qui prennent soin les uns des autres. Une jolie leçon de vie. Seul étrangeté, commune avec les boliviens : ils mangent tous des glaces à longueur de journée, en plein hiver. Pourquoi pas.

A la casa Margouya, Marie et Richie ont la belle vie (pardon, pas pu m’empêcher... ah non merde c'était Ricky). Ils se préparent du bon boudin poêlé dont le fumet nous donne l’eau à la bouche. On mange finalement des filets de saumon trop cuits baignant dans une sauce trop grasse à base de crème, d’huile et de fromage ! On finit par une bonne bière artisanale au Tronkos, le pub de Nico l’Ardéchois, chevelu, barbu, LE gars cool des magazines, qui a tout lâché il y a 10 ans pour venir accueillir le monde dans ce havre de paix et lui faire goûter sa bière. Une bière exceptionnelle par ailleurs, à la belle amertume teintée de miel. On rentre dans une auberge vide, tout le monde est sorti faire la fête (il faut dire qu’on est les seuls hôtes du moment !). On se sent un peu comme chez nous ici.


Samedi 7 août

Le bus pour Chiloé part à 9h15 de l’autre bout de la ville, on est à l’heure. Il fait assez beau, mais des nuages menacent encore. Le temps est très changeant dans cette région des lacs. Le bus s’enfonce vite dans une brume compacte, avant de ressurgir en plein soleil puis de se prendre une nouvelle radée ! Les merveilles de la technologie nous permettent d’écouter sur l’iPod le dernier album d’Arcade Fire, "The Suburbs", sorti il y a à peine quelques jours. Un ferry fait traverser au bus le détroit pour atteindre l’île de Chiloé. Le paysage y est assez magique, beaucoup de plus petites îles accrochées, de brume, d’où surgissent de petites maisons espacées et quelques troupeaux. On se laisse bercer par "Harrowdown Hill" de Thom Yorke ou "Weeping Willow" de Sebastien Schuller, qui collent parfaitement avec le paysage.

Samedi 7 août - Entre Puerto Varas et Castro (île de Chiloé)

06 août 2010

Bienvenue à Twin Peaks...

Jeudi 5 aoûtPuerto Varas

J’écris ces lignes d’une auberge ouaouach à la française (Tryo et Manu Chao dans les esgourdes… et pourtant on s’y sent bien !) de Puerto Varas, dans la région des lacs, au nord de la Patagonie… mais globalement très au sud quand même. On est à environ 800 km de Santiago, et on continue à s’enfoncer dans l’hiver la tête haute, sans douter de rien, le cerveau déconnecté pour mieux servir la juste cause, le digne objectif : aller au bout du monde. Mais on y va par étape, hein. Et voici la première, à l’ombre du volcan Villarrica…

PS : les premières photos sont uploadées ICI


Lundi 2 août

Toujours dans le bus, direction Pucón. 11h de bus, ça fait long, une journée entière. Juste derrière nous, une voix à la Gollum du seigneur des anneaux (très rauque et sifflante, à peine perceptible) nous fait régulièrement frémir. Le plus flippant est la révélation finale, on sortir du bus : elle provenait d’un jeune dans les 25 ans.

Arrivée de nuit dans une gare routière quasi désaffectée. Pucón est une petite ville très touristique en été, prisée pour ses multiples activités sportives (canyoning, rafting, alpinisme, kayak,...), entourée de grands lacs, de jolis parcs nationaux et de 3 volcans, dont le Villarrica, toujours en activité, qui menace de se réveiller à chaque instant (dernier réveil en 1971). Plutôt que de stresser, les habitants ont plutôt fait construire de nombreuses stations thermales pour profiter de cette chaleur venant des profondeurs. Le guide est encourageant : « si vous entendez la sirène annonçant une éruption, fuyez ! ». Peinard.

Taxi. La ville est désespérément calme. Le chauffeur nous montre l’hôtel de luxe de la ville (un grand chalet en bois bien stylé), et puis le casino. Il nous a regardés ? On se fait déposer au refugio Peninsula, un peu excentré. C’est une auberge en bois, un feu de cheminée chauffe le salon d’accueil, un chat (« Juanito ») se prélasse sur le canapé en face. Un jeune nous accueille, Alexis, cheveux un peu long, look de surfer, souriant, très cool. Notre piaule ressemble à une chambre de chalet, cosy.

Petite soupe d’orange et topinambour et raviolis maison dans un resto du centre ville, ce dernier se limitant à une rue (« O Higgins »), peu fréquentée par ailleurs. Les seuls à se risquer dehors sont les nombreux chiens errants qui fouillent les poubelles et aboient passants et véhicules, quémandant une caresse ou morceau à rogner. Le vent s’est levé, froid et puissant. La ville laisse une impression étrange, perdue entre forêts et montagnes, avec ses chalets classieux et ses magasins huppés. Un mélange entre Megève et Twin Peaks. On file s’emmitoufler dans nos couettes et couvertures.


Mardi 3 août

Lever un peu tardif après une nuit de bon sommeil, malgré la force du vent qui est allé jusqu’à ouvrir la fenêtre de la chambre en pleine nuit ! Alexis nous prépare un petit déj copieux. Une famille part de l’auberge, on est seuls à présent. Dehors il fait grand soleil, le ciel est totalement dégagé, laissant admirer le volcan fumant à proximité, entièrement recouvert de neige. On longe le lac qui borde la ville. Mais le vent glacial souffle plus encore que la veille, atteignant des pics à 70 km/h ralentissant notre marche… on pense à Plak qui serait emporté depuis longtemps.

Un bus local nous emmène jusqu’à un sentier à 20 km de Pucón, à proximité des Ojos de Caburgua, vendues comme de très belles chutes d’eau. On se promène toute l’après-midi dans différents sentiers pour aller dénicher les quelques cascades des environs, effectivement très belles. Une cascade c’est toujours joli, et le son qu’elle produit plus reposant encore. Celles-ci sont dans un environnement naturel particulièrement agréable, petites rivières perdues dans la forêt, entourées de pâturages de moutons et de cabanons en bois servant de domicile aux quelques paysans du coin, au creux des montagnes. On est un peu en Suisse. Heureusement le volcan est là pour nous rappeler à la réalité. On se sent vraiment mieux qu’à Santiago ici, et le soleil nous fait un bien fou, malgré le froid et le vent, qui s’adoucit par moments.

Petit détour par la playa negra du joli lac Caburgua, tout entouré de montagnes, avant de faire machine arrière jusqu’à Pucón. Dans les bus, tout le monde se dit bonjour, se sourit, les chiliens sont vraiment amènes et serviables, c’est agréable. En ville on se réchauffe avec un bon chocolat chaud (fait avec une vraie barre de chocolat noir diluée dans du lait chaud), puis des pizzas locales bien garnies. Manque plus qu’un petit épisode de True Blood (complètement psychédélique) au fond de la couette, et le sommeil nous rattrape vers 21h30.


Mercredi 4 août

Le réveil sonne à 7h15, nous partons aujourd’hui pour le parc Huerquehue, à 30 km de la ville. Le bus nous y dépose vers 9h30, nous sommes accompagné d’une française et de 2 hollandaises. Le principe est simple : grimper le long d’un sentier jusqu’en haut de la montagne où se trouvent 3 lacs gelés, et trouver ça joli. On a loué des raquettes à une agence tenue par des français. Enfin un français et des étudiants stagiaires : ici une fille de Lille et un gars de Chambéry. On part donc équipés. Le chemin commence par un sentier de forêt longeant un premier lac. 2km plus loin, on entre véritablement dans le parc et l’ascension commence. Plus le chemin grimpe, plus la neige se fait dense, mais on n’enfile nos raquettes que sur le dernier tronçon, où il y a bien 1m de neige ! La grimpette est jalonnée de magnifiques cascades gelées en partie, et de points de vues exceptionnels sur le premier lac, la vallée, et toujours le volcan enneigé au loin. L’ascension dure bien 2h et demi, avec 500m de dénivelé sur 5km. On s’emmêle un peu dans les raquettes, la fatigue se fait sentir. Parfois des rafales de vent font bruisser les arbres et dégringoler des branches. Alice aborde l’épreuve avec courage, et à part un petit « Là j’en peux plus, j’ai envie de pleurer » quelques mètres avant l’arrivée, elle fait preuve d’un sang-froid étonnant !

En haut, la vue du lago Chico est salvatrice : un beau lac gelé qui se liquéfie au bord afin d’achalander de l’eau jusqu’à la petite rivière qui serpente jusqu’en bas de la montagne. C’est vraiment joli… mais on n’est plus à l’abri du vent, et son souffle glacial nous transperce jusqu’aux os ! On se vautre à même la neige pour grignoter un casse-croûte qu’on s’était préparé après avoir fait des courses au supermarché du coin. Mais nos mains gèlent en quelques secondes, et on s’engouffre tout ce qu’on peu en un temps record pour ne pas être frigorifié. On décide de ne pas aller plus loin, il fait trop froid avec des bourrasques gelées, et il n’y a plus aucune trace dans les 2m de neige qui ensevelissent le chemin des lacs. Pas le temps d’en profiter donc, et demi-tour dans le sentier neigeux à flanc de montagne. En descendant on croise les 3 filles qui n’en peuvent plus non plus. La descente est plus rapide. Un peu casse gueule et glissante, mais plus rapide. Et surtout à l’abri du vent.

Le long du premier petit sentier forestier final, on se débusque un spot de rêve, avec un long banc en bois qui fait face au soleil, et l’eau du lac qui scintille juste en dessous. Petite sieste magique, véritable repos libérateur, avec les rayons du soleil qui viennent réchauffer nos visages, dans un calme absolu où on n’entend que le bruissement des bambous de la forêt et les clapotis des vaguelettes créés par le vent sur l’étendue d’eau. Un instant, on se croirait presque au printemps…

Retour en ville par le dernier bus de 17h10, rencontre avec des suisses sympas. Ils nous disent qu’on est un peu fou d’aller vers le sud, qu’eux n’iront pas plus loin ! Et nous font remarquer qu’on est déjà au sud de l’Afrique du Sud… Ah merde c’est vrai. De toute façon on a décidé de continuer… au moins encore un peu ! On s’est fait à l’idée : ici, c’est l’hiver, le vrai. Mais il y a des belles choses à faire en hiver non ? On ne va pas baisser les bras. Et puis on est quand même en vacances et bien décidés à en profiter. Et puis on est des warriors, on n’a peur de rien. Hum.

Arrivés en ville, on retourne au resto du premier soir, poulet sauce roquefort, saumon et cannellonis d’épinards avec un thé à la mente bien chaud. Avant de se jeter sous la couette et s’endormir une fois encore avant 22h…


Jeudi 5 août

Réveil à 6h30, bonne douche chaude, empaquetage des affaires. On the road again. Un bus nous emmène aujourd’hui jusqu’à Puerto Varas. Un peu plus au sud. Merde, il se met à pleuvoir.

Jeudi 5 aoûtEntre Pucón et Puerto Varas / 10h52

03 août 2010

Premiers pas Chiliens, premières galères…

Lundi 2 aoûtSantiago de Chile

Une année a encore passé.
Une année à mille à l’heure, intense, course infernale avec le temps, stressante et jubilatoire.
Une année comète, d’ivresses et de désillusions, de tensions et de lâchers prises.
Une année de plus aux côtés d’Alice, une présence à mes côtés si pleine de sens, plus que jamais une évidence.
La dernière année aux côtés de Gripoil, fidèle destriers mort au champ d’honneur (l’autoroute A7) quelques jours avant le grand départ.
Une année de vie, d’amitiés, d'instants, d’envies, de projets, de connections…

Et puis un nouveau départ à deux, une nouvelle échappée belle en Amérique du Sud, ouvrant une parenthèse dans le flot imperturbable du quotidien. Après Bolivie et Pérou, destination le Chili, terre de tous les contrastes naturels, fine bande terrestre s’étendant sur 4300 km du nord au sud, longeant l’océan pacifique à l’Ouest et la cordillère des Andes (frontière naturelle avec l’Argentine) à l’Est.
Un nouveau départ des plus… tumultueux.


Vendredi 30 juillet

Notre vol aller est à direction de Santiago de Chile avec une escale à Madrid, décollage prévu 20h40. Il est 2 heures de moins quand ma mère nous dépose à l’aéroport. Les jours précédents ont été sous haute tension, entre nombreux mails professionnels à traiter, décisions à prendre pour les concerts de l’automne pas encore ou mal bouclés, achats de dernière minute, préparations de sacs et gestion de la carcasse de Gripoil (reposant dans un garage viennois). J’ai du mal à me détendre, les vacances me semblent loin encore !

On apprend par hasard que le vol a été avancé à 20h15. Ouf, on avait trop d’avance, c’était stressant. File d’attente au comptoir B16. L’hôtesse d'Ibéria qui doit checker nos billets électroniques semble rencontrer quelques soucis, sûrement rien de grave.

Il est maintenant 19h45, ça fait pas loin d’une heure que Saloa (on a fini par sympathiser), aidée par ses amies spécialistes de l’obsolète logiciel, s’entête à chercher la faille, la ligne de code magique (genre « BR30JULIB3858FILLION23BRK ») nous donnant le droit d’embarquer. Je me dis que je porte vraiment la poisse. On est bons derniers, un talkie leur demande de fermer le vol et de procéder à l’embarquement. Tiens, Sylvain Charrel (pote de collège) et sa douce nous disent bonjour d’un air agacé, leur vol en direction des Canaries est reporté au lendemain. « Yihiii, ouais ! » Cris de joie soudains de la brune et la blonde, qui semblent avoir remporté le combat. Un gros ouf de notre part aussi, on n’y croyait plus. Les bagages sont envoyés sur la piste, et nous dans la salle d’embarquement via le sas de contrôle sécurité, où le gars nous fait croire que le vol est parti sans nous. Finalement l’avion a raté sa fenêtre d’envol (ah bon ?) et le décollage est reporté !

On est quand même presque à l’heure à Madrid et la correspondance se déroule sans souci. La traversée de l’Atlantique dure une douzaine d’heure. La bouffe n’est pas bonne, les hôtesses pas sympas, mais ça ne nous empêche pas de dormir.


Samedi 31 juillet

7h du matin. L’avion atterrit dans un épais brouillard. Les portes s’ouvrent : plus besoin d’autre preuve, on est en plein hiver ! On s’emmitoufle dans nos manteaux dès la récupération de nos sacs de voyage, et on se fraie un passage entre les taximen. Un bus nous conduit en direction du centre. Il fait froid et gris, on peine à voir autre chose que le bord de route derrière la brume. Un français nous conseille de descendre à Estacion Central, on s’exécute. Premiers pas à Santiago à l’aide du Lonely, toujours bien complice lors d'une arrivée à tâtons. Traversée d’une grande avenue bruyante et de quelques ruelles peu fréquentées dans le barrio Brasil, où on élit domicile dans le repère à voyageurs « Hostelling International ».

Une fois arrimés et délestés de nos fardeaux, on part à pieds à la découverte de Santiago de Chile, pour une balade qui va durer toute la journée. Le soleil a fini par se lever et scintille par delà la persistante couche de pollution qui enveloppe la ville. Une ville qui ne brille pas , elle, par une incommensurable beauté : successions de grandes avenues et de bâtiments sans aucune cohérence, du très ancien au très moderne, dans tous les styles, pour le meilleur et pour le pire. Quelques rares quartiers conservent un certain charme, avec des bâtiments bas aux couleurs changeantes et vives, mais les enfilades de façades ne sont généralement pas très heureuses, allant jusqu’à jouxter une petite demeure en pierre de type moyenâgeuse à un immense building couleur crème dans le plus pur style « modern art » des années 70 ! De ça de là, on voit quelques bâtiments délabrés, souvenir du séisme de 8,2° sur l’échelle de Richter qui avait sévi ici même il y a 5 mois. Mais le tremblement ne semble pas avoir détruit de quartier entier de la ville et ses conséquences restent étonnement discrètes.

Il y a plus de vie dans les quelques rues pavées et commerçantes du centre. La Plaza de Armas, entourée d’une grande cathédrale et autres bâtiments officiels et musée, est le théâtre d’une manifestation contre une nouvelle loi anti-terroriste visant les « Mapuches », seule véritable minorité au Chili. Les chiliens ont globalement un style assez latin, assez peu typé comparé aux Boliviens de l’Altiplano. Ils sont habillés plutôt normalement, sans trop en faire. Je remarque pour ma part une bonne proportion de bons vieux métalleux barbus aux T-shirts Helloween et Iron Maiden. Tiens, une affiche de Depeche Mode, ils jouent à Santiago ce soir… ça va pas la tête, hors de question d’aller voir ce groupe faisandé.

On croise un nombre impressionnant de chiens, se promenant dans leur petit pull pour l’hiver. A voir les nombreuses publicités pour compagnons canins et les statues à leur effigie, on comprend la place centrale qu’ils tiennent ici ! Par ailleurs il n'y a pas une rue sans panneau JCDecaux… tout est normal.

Des « étudiants » édentés d'une quarantaine d'années cherchent à nous vendre des poèmes photocopiés de Pablo Neruda à l’entrée du Cerro Santa Lucia, qui s’élève de quelques centaines de mètres au dessus du centre ville. Du haut de ce perchoir, on a une vue sur toute la ville, et on se rend compte que la première impression était la bonne : c’est une grande capitale plutôt dénuée de charme et très polluée. On peine même à voir se dessiner les contours enneigés de la majestueuse cordillère des Andes, trônant bien au dessus des buildings.

Autre promontoire prisé, le Cerro San Cristobal, haute colline très allongée, en haut de laquelle est érigée une statue de la vierge Marie de 14m. On y monte par un funiculaire ultra pentu et flippant. J’allume un cierge en l’honneur de Gripoil. Le nuage de pollution empêche de voir très loin, et les montagnes s’y sont perdues depuis longtemps.

Quartier Lastarria, plutôt huppé, balisé de cafés branchouilles et de bons restos. On est sonné par le décalage horaire. Une grande blonde tenant un micro s’approche de moi avec un caméraman et me demandent si j’accepterai de répondre à une question devant la caméra. « Euh… si, si ». La question : « Comment faite vous pour préparer une nuit de sexe ? ». Bien sûr, je suis à la rue, et bien sûr j’en chie pour baragouiner en espagnol… mais le résultat est ici : www.sexycam.cl !

Dans un bar, on se détend autour d’un verre de délicieux vin chilien qui nous revigore. Diner au resto le Patagonia, truite arc-en-ciel et l’une des meilleures viandes de bœuf qui m'a été donné de gouter, arrosée de… délicieux vin chilien. Merde, on est en vacances. Carla Bruni en fond sonore… on ne va peut-être pas s’éterniser.

Retour à la guest house en metro. On s’endort comme des briques.


Dimanche 1er août

Réveil vers 5h30 du matin… j’arrive finalement à me rendormir de 7h à 10h. Petit déj animé dans la salle à manger, ça parle surtout anglais. Je me connecte sur Internet pour faire un point sur les éventuelles suites à donner au voyage. En me connectant sur le site de LAN (compagnie aérienne Chilienne), et après maintes recherches, je me rends à la triste conclusion qu’il n’y a plus un seul vol disponible pour l’île de Pâques de tout le mois d’août ! On est vraiment dégouté. J’avais entendu dire qu’il n’y avait aucun problème pour trouver des vols, et que c’était moins cher sur place… et non, envolé le beau rêve, on ne tapera pas le carton avec les Moaï cette année. Sic.

Dehors il fait tout gris. Et froid. Dans le Lonely Planet, beaucoup de destinations ne sont pas conseillées l’hiver, plutôt celles du sud, celles où on avait prévu de se rendre hormis l’île de Pâques. L’espace d’un instant, on se demande avec Alice si on n’aurait pas meilleur compte à prendre le premier vol pour le Costa Rica pour rejoindre nos potes Elo et Béni qui y ont ouvert une guest-house bien pépère, sur fond de pêche et de surf ! Ok, je n’aime pas pêcher et ne sais pas surfer.

On se décide quand même à mettre le nez dehors. Centre ville. Dimanche. Pas grand monde dans les rues, il pleut à flots, c’est tristoune. On essaye de positiver, on est en vacances, on est tous les deux ensemble, on va découvrir des endroits merveilleux , on s’aime… mais n’empêche, pas si facile avec cette pluie battante dans cette grande ville sans soleil qu’on ne porte déjà plus dans nos cœurs.

Détour pédestre par le mercado central, grand marché aux poissons qui foisonnent sur les étals de glace. Il y en a de toutes les tailles, toutes les formes, toutes les couleurs, toutes les (fortes) odeurs, sans parler des variétés de coquillages et autres crustacés. Promenade sur les rives du rio mapocho, longeant des cabanons de vente de fleurs et de fruits. La pluie redouble d’intensité et on se réfugie dans un bistro du quartier bellas artes. On y prend un en-cas et un bon expresso, et puis on potasse le guide à la recherche d’une porte de sortie. On ne se laissera pas impressionner, on décide de partir vers le sud, et puis on verra bien ! On se rend en metro jusqu’à une grande gare routière où on achète nos tickets pour Pucòn, à 10h de bus au sud de Santiago.

De retour à la guest house, on décide d’y dîner un « menu du jour » (salade, pâtes, fruit), et un « menu chilien du jour » (la même avec une soupe de fayots - Porotos - à la place des pâtes, 2 fois moins chers). Pour les bons intestins, avaient-ils prévenu. Moi, peur de rien, je m’y suis jeté. Pauvre Alice.


Lundi 2 août

Réveil dans le gaz (hum), vers 6h45, après de nombreux micro réveils à partir de 3h. Encore un matin brumeux. Petit déjeuner dans un petit établissement de la gare routière, et le bus part à l’heure prévue, 8h30. Direction plein sud. Rapidement le soleil fait son apparition, ainsi que la magnifique cordillère des Andes sur notre gauche, les champs verdoyants, les petites maisonnettes jaunes, roses, les troupeaux de chevaux…

La route est bonne, le personnel du bus aux petits soins, et le ciel d’un bleu magnifique. On traverse divers paysages, champs, forêts, collines, avec toujours ces dentelles blanches qui se détachent à l’Est. Grignotage dans les gares routières traversées, beignets de fruits et sandwiches. Et puis de l'excellente musique en bande son pour couvrir le bruit de la télé : Get Well Soon, Arcade Fire, Queens of a Stone Age ou Vampire Week-end subliment les paysages baignés d’un soleil maintenant souverain. Et des regards tendres avec mon amoureuse. On est heureux d’être ensemble dans cette nouvelle aventure, de nouveau certains des bons moments à venir. A l’instant où j’écris, elle vient d’ailleurs de réagir : « Pfoouu, yen a marre ! Ca commence à être vraiment long le bus ! ». Ce que je disais.

Lundi 2 aoûtEntre Santiago de Chile et Pucon / 16h45

01 novembre 2009

Cauchemar…

Dimanche 1er novembreLyon / Transbordeur

Dernières lignes ? Comme d’habitude, j’ai parlé un peu vite. Trop de confiance, on se sent déjà un peu rentré, on baisse la garde… et là c’est le drame. LA DEad galère n’avait pas encore surgit, elle est belle et bien là. Du temps s'est passé depuis cette mésaventure... on est déjà début novembre, et je me rends compte que je n'ai jamais mis en ligne ce retour roc(k)ambolesque. Il y a prescription sur les faits, on arrive même à en rire à présent, il est donc bien temps d'envoyer le bousin à la face du monde (et puis je suis dans les loges du Transbo, concert de Groundation -reggae-, autant dire que je n'ai pas grand chose d'autre à faire) !! Retour sur un cauchemar dont on se serait bien passé.

Vendredi 28 août

On sort du Banais Café pour se rendre au Pot Colonial pour un "dernier" dîner. Notre resto. On s’y sent comme chez nous. Je sors les papiers de vol et les passeports pour étudier les horaires, les temps de vol et de connexions, se projeter au lendemain. Les plats arrivent : cannellonis aux épinards et truite à la tomate. On est vraiment détendus, contents de rentrer après un mois si riche en nouveautés, rencontres et émerveillements. De retour à l’hôtel, j’upload les dernières photos sur Facebook. Lilice s’endort rapidement, moi pas, j’ai du mal à trouver le sommeil et m’endors vers 1h30.

Samedi 29 août

4h00. Le réveil sonne. Et hop à la douche, on se dépêche, un taxi doit nous prendre à 4h30 devant l’hôtel.

4h23. On est prêt. Dernier coup d’œil dans la chambre. Dernières vérifications… je tâte mes poches pour vérifier que j’ai bien mon portefeuille, mon téléphone, les passeports…. putain cette poche la est vide. Mon cœur s’arrête. Je réfléchi à toute vitesse, en blêmissant… les passeports… non c’est pas vrai… hier soir au restaurant… je revoie les plats qui arrivent… je dépose à ce moment là les passeports et la feuille de vol sur la chaise à côté de moi pour faire de la place… je ne me revois pas les reprendre… NON c’est pas vrai. J’en parle à Alice, qui me jette un regard d’une noirceur qui met à terre. Je n’arrive pas à y croire, j’ai envie de me frapper, de revenir en arrière, de me réveiller, ça ne peut être qu’un cauchemar. La veille du départ, comme il y a 3 ans à Pékin. C’est une malédiction. Je craque complètement. Alice ne parle plus. Elle est au réveil, et en plus je lui annonce ça. Je m’en veux à mort, j’en chiale. Je ne me fais guère de souci pour les passeports, je pense qu’on va les retrouver (et encore, rien n’est moins sûr). Mais le Pot Colonial n’ouvre pas avant 9h, et le vol est à 6h55. On est foutu. J’explique la situation au comptoir de l’hôtel. Les gars sont vraiment désolés, mais ils ne peuvent évidemment rien faire. Ils nous disent d’aller quand même à l’aéroport avec nos photocopies de passeports, sait-on jamais, et nous disent qu’ils nous enverront nos originaux s’ils les retrouvent. On n’y croit pas, mais on n’a vraiment que ça à tenter. Le taxi est là.

5h00. Arrivée à l’aéroport. Le comptoir d’American Airlines est déjà blindé de gens. J’explique notre situation à une hôtesse d’accueil, qui l’explique à une autre, qui se renseigne. On ne peut pas prendre le vol, ça c’est sûr. Je demande si on peut changer de vol. L’hôtesse regarde, l’air sceptique. On retient notre souffle. Et finalement le couperet tombe : « Nous sommes en haute saison. Il n’y a malheureusement pas de place dans nos vols avant le...... 15 septembre » !! Arghghgloup. Pas drôle. Pas drôle du tout. Elle finit par dire qu’il reste éventuellement des places dans le vol du lendemain, au départ de Santa Cruz (à 20h de bus), mais que ça nous couterai, en comptant le prix du changement..... 3300 $ chacun !!! Complètement barjot. On est anéanti. Alice me mitraille du regard. Elle est sensée bosser lundi matin. Si elle rate 2 semaines de travail, ça va coûter encore beaucoup plus cher. L’étau se resserre sur mon cœur, on se sent emprisonné ici, sans aucune possibilité de sortie. C’est la merde, la vraie. La DEad galère avec un grand D.

5h20. Le taxi nous a attendus sur le parking avec nos sacs, on le reprend dans l’autre sens. On se sent impuissant. De retour dans notre chambre du Sagarnaga, impossible de trouver le sommeil. Je refais le match dans ma tête, je voudrai remonter le temps et récupérer ces putains de passeports. Ou bien me réveiller. Je garde dans un coin la possibilité que ce ne soit qu’un (très mauvais) rêve. Ca me parait tellement improbable d’être aussi con. Je ne me suis pas senti aussi mal depuis très longtemps.

6h30. Le sommeil me rattrape et je rêve d’avions qui décollent et d’horaires… mais tout semble se résoudre dans la paix du sommeil, et je me détends vraiment. Le réveil, vers 9h, est brutal. Tout me revient soudainement, et ça me fait l’effet d’un uppercut dans le ventre. On est coincé ici, on n’a aucune solution pour rentrer. L’horreur. Le cauchemar continue. Je croise encore une fois le regard d’Alice, qui en dit long lui aussi sur son état d’esprit. Mes tentatives de réconfort et de positivisme semblent vaines.

9h07. On sort de la chambre pour aller frapper à la porte du Pot Colonial (à quelques dizaines de mètres à peine de l’hôtel), encore close. Le gars m’ouvre, j’explique l’oubli de passeports, il a l’air étonné… demande à un jeune, étonné lui aussi… à une femme… ah oui, elle a rangé quelque chose sous le comptoir… c’est bien ça, j’ai les passeports en mains ! Pfffff. Le gars est vraiment désolé pour nous lui aussi. D’autant plus qu’il m'avoue avoir dormi dans le resto : si j’avais frappé fort, il se serait réveillé en pleine nuit ! Je me rappelle y avoir pensé, mais m’être dit que ça serait vain. Re-Aaaargh. Dès que je redescends avec les passeports en main, Alice me les prends pour ne plus me les rendre. Il serait malaisé pour moi d’insister.

9h17. En descendant la rue Sagarnaga, on tombe sur… Marc ! Sourires (un peu forcés pour nous), il nous demande comment ça va. Moyen ! On lui raconte, il hallucine, ça le fait quand même bien marrer. Et nous aussi un poil, on arrive à en sourire quelques instants pour la première fois. Partager notre galère avec une tête connue et appréciée nous détend et nous fait du bien, mine de rien. Quelqu'un le tanne de monter dans une jeep qui l’attend (il semble partir pour un trek en vélo), pas plus de temps pour papoter, dommage.

9h40. Café (Alice) et Maté de Coca (moi… il parait que ça détend) au Banais Café. On se dit qu’on ferait mieux de regarder les possibilités de rentrer à Lyon par d’autres compagnies qu’AA (American Airlines), et qu’on fera notre possible pour trouver un truc pour se faire rembourser en France, sans trop y croire. On n’a plus le choix, on sait déjà que cette connerie va nous coûter cher, et le sentiment d’être bloqué ici est tout sauf agréable. Je profite du Wi-Fi du lieu et de mon mini-PC (ultra pratique tout le long du voyage) pour faire des recherches de vols en partance le lendemain. La Paz - Lyon via Santiago de Chile et Madrid, avec LAN (compagnie Chilienne) = 1260 € / personne. La Paz – Paris via Santa Cruz (Bolivie) et Madrid, avec Aerosur (compagnie bolivienne) = 990 € / personne. On appelle nos mères, pour les prévenir, et puis les mamans ça rassure, et c’est toujours de bon conseil. Ou pas d’ailleurs, mais ça fait toujours plaisir de leur parler. On se décide à prendre la deuxième option, de toute façon il faut bien rentrer. Ca n’est qu’une boulette à 2000 €, rien de plus. Hum. On passe par le site Terminal A, moins cher que les autres. Celui par lequel on avait pris les Allers-retours les moins chers pour la Bolivie, et qui nous avait renvoyé un mail pour annuler, sans qu’on comprenne trop pourquoi. Mais bon on le tente. Validation des horaires, feuille de vol, payement ok, e-mail de confirmation. Ouf, on a notre porte de sortie. Couteuse, mais on va pouvoir partir.

11h30. Resto Angelo Colonial. Pas loin du Pot Colonial, mais on ne veut plus y aller. Ambiance feutrée, tableaux et bougeoirs d’époques, armes à feu et épées accrochées aux murs. Lasagnes, et poulet sauce au vin. Nos ventres ne vont toujours pas fort, et le stress n’a rien du arranger. On commence à se détendre un tout petit peu, on sait qu’on va partir le lendemain, que ce n’est, au final, qu’une histoire d’argent. De beaucoup d’argent soit, mais on essaye de relativiser. On est tous les deux en vie, bien, il n’y a rien de grave en soi. Il faut dire que les verres de vin commandés aident à relativiser. Un peu.

12h45. Retour à la chambre d’hôtel. On veut se reposer un peu. Je vérifie une dernière fois mes mails avant d’aller au lit… un mail d’une certaine Virginie de Terminal A m’explique que « pour des raisons de sécurité », il est impossible de réserver nos places !! Le cauchemar continue. On décide d’aller directement au bureau d’Aerosur, la compagnie aérienne.

13h30. Le bureau d’Aerosur est fermé. Ne rouvre que lundi.

13h45. On est devant une agence de tourisme vendant des vols Aerosur. La meuf nous dit de dégager. C’est fermé.

14h00. Nouvelle agence ouverte. La nana nous propose le même vol que celui de Terminal A, jusqu’à Madrid en passant par Santa Cruz. Environ 1000 € / personne. On prend, on ne va plus chipoter. Cette fois on a les billets en main, confirmés et tout.

14h30. Hôtel. On trouve un vol EasyJet Madrid-Genève à 110 € / personne (moins cher que pour Lyon, et à un horaire possible). On arrivera finalement lundi soir à 19h45 à Genève, et on passera la nuit chez les parents d’Alice qui viendront nous chercher. On sera donc à Lyon le mardi matin, via un TER. On n’aura pas un retard si grand que ça par rapport à la date prévue. Alice a prévenu son boulot qu’elle ne reviendrait travailler que le mercredi. Tout roule. A quel prix, mais tout roule. Cette fois on a physiquement la preuve de notre départ, on peut souffler un peu.

20h30. On a regardé des épisodes de « Damages » saison 2 toute l’après-midi. Une journée entière à larver au lit, au rythme des intrigues glauquissimes et des trahisons sans fin de cette série de tarés. Pas vraiment reposant, mais ça nous aide à sortir de nos embrouilles personnelles. On sort acheter des sandwiches à emporter au Angelo Colonial et des bières à l’accueil de l’hôtel, et on remet ça.

0h30. Saison 2 de « Damages » terminée. Je meure de fatigue. Mon corps et ma tête me demandent un peu de repos. Bien mérité ?

Dimanche 30 août

Réveil vers 9h30, douche, bagages empaquetés de nouveau. On dit au revoir à l’hôtel Sagarnaga, pour de vrai (on croise les doigts) cette fois. Petit déj au Angelo Colonial, notre nouveau resto préféré. Ça va un peu mieux. La perspective de partir dans la journée nous fait du bien. On achète quelques sacs de Coca pour les potes, et puis taxi hasta l’aéroport El Alto. On est là bien en avance, on ne veut plus rien laisser au hasard. On a vite nos cartes d’embarquements, on prend le temps d’un café. Et puis d’une bière. L’avion d’Aerosur est grand, confortable, et on décolle pile à l’heure. Les paysages passent une fois de plus des montagnes arides à la jungle luxuriante. L’atterrissage se fait avec une grande douceur, comme sur du coton.

A Santa Cruz, il fait 33°, gros soleil, et du vent chaud. On apprend que notre vol pour Madrid, prévu pour 19h, ne partira pas avant 21h. Dans un café de l’aéroport, on aperçoit le couple de français un peu coincé avec qui on était allé de Potosi à Sucre. Jus d’ananas con leche et brownies pour patienter. L'attente est longue. Dans l'espace de vérification des bagages, on entend nos noms appelés au micro... qu'est ce qui peut bien se passer encore ? Nos foetus de lama se seraient fait attraper par la douane ? Non, on est juste replacé dans l'avion. Un avion immense, à deux étage, cool.

Lundi 31 août

Madrid. Le sol européen. On est arrivé, on a gagné. Ca parle toujours espagnol, mais ça paye en euro. Libé dans les kiosques. Un article sur "THX FUCK", pirate berrichon du cinéma de Vierzon, recherché par le tout Hollywood, nous fait chialer de rire. C'est l'heure de la détente.

Soir. Atterrissage à Genève. Les parents d'Alice viennent nous chercher. Il fait bon dans le jardin de Vulbens. Et on a droit a un cadeau de bienvenue : une bonne vieille raclette arrosée d'un bon vin blanc. Là, on est vraiment rentré.

29 août 2009

Pampa !

Vendredi 28 aoûtLa Paz

Ca y est, ça sent la fin. Dernier soir à La Paz avant le grand retour. Les fins de voyage c’est toujours particulier, on se demande comment on va gérer le changement d’ambiance, la fin de la bulle. J’ai une grosse pensée pour le Woodstower, dont le 1er soir est déjà terminé… je croise les doigts. Les photos continuent à fleurir sur Facebook, ici et ici. Mais allez, avant de parler de retour, allons plutôt faire un tour du côté amazonien, suivre les quelques jours passés avec les animaux de la pampa…

Dimanche 23 août

Direction l’aéroport de la TAM (Transporte Aereo Militar, aéroport militaire), qui n’est pas le même que l’aéroport international, bien que les deux mutualisent leurs pistes. Un micro nous monte jusqu’à El Alto, l’autre nous dépose devant un petit portail gardé par un militaire. Un petit écriteau TAM nous prouve qu’on est au bon endroit. Le soldat nous ouvre la porte et nous dit d’aller tout droit. Il n’y a qu’un petit bâtiment un peu délabré au bout du petit chemin. Et personne ! Si, deux australiennes attendent dehors en lisant. Notre avion est sensé décollé dans 1h20. A l’intérieur du bâtiment, pas un chat. Pas de lumière. Le petit magasin est fermé, ainsi que le petit resto. Il y a juste une salle d’attente octogonale plongée dans l’obscurité, et puis des ouvertures vers la piste, sans aucun contrôle pour y accéder. Deux petits avions sont à l’arrêt. C’est un aéroport fantôme ! Flippant. L’heure qui suit amène son lot de passagers, une quinzaine, qui ne semble pas stressé. Une des australiennes trouve l’interrupteur pour allumer la lumière… les néons font tellement de bruit qu’on finit par les éteindre à nouveau. Une jeune fille se pointe vers la « zone d’embarquement » et pèse nos bagages avec une grosse balance à aiguille. On à l’impression que l’aéroport est tenu par une famille, un peu comme les auberges ! Les mochillas sont entassées dans un coin, on peut rejoindre la « salle d’embarquement », un petit SAS. Nos bagages à main ne sont pas fouillés, mais des panneaux nous informent quand même qu’il est interdit de transporter des flingues, des couteaux ou autres tronçonneuses. Ah bon, ok.

L’avion n’est pas si petit, il a une petite cinquantaine de sièges, du coup il fait bien vide. Un sandwich nous est distribué à l’entrée. Le vent souffle en fortes rafales sur l’altiplano, ça n’est pas rassurant. Mais on y est. Le décollage se passe… bien. Et puis le spectacle du paysage efface peu à peu le stress dû au non professionnalisme affiché de la compagnie. Les hauts plateaux secs laissent rapidement la place à de hauts sommets enneigés, qu’on a l’impression de toucher tant on vole prêt, l’avion gardant une altitude assez basse. Et puis les montagnes redescendent et une étendue verte sans fin prend le pas, sillonnée de larges cours d’eau saumâtres : la forêt amazonienne ! C’est incroyable comme tout a changé vite. Une petite barrière de montagnes, et l’univers s’est transformé. L’avion descend déjà. On aperçoit de mieux en mieux les grands arbres d’une densité impressionnante, et puis les nombreuses rivières. L’atterrissage se fait sur… de l’herbe !!! Une courte piste totalement recouverte de gazon. En sortant de l’habitacle, on se rend compte que les avions décollent et atterrissent sur une fine bande de terre centrale… et surtout qu’il fait chaud et humide ! On est en pantalon, polaire, pull, grosses chaussures, et on étouffe. On se change aussi vite que possible. L’aéroport est encore plus petit que celui de la TAM, plus proche d’une cabane qu’autre chose. On attend nos bagages dehors, à côté d’un petit portail donnant sur la piste d’herbe. Et puis une jeep nous transporte jusqu’au centre ville de Rurrenabbaque, plus communément appelée « Rurre ». La route est tantôt de terre, tantôt pavée de petit cailloux. On traverse un paysage peuplé de palmiers, arbres et plantes en tous genres. J’ai l’impression d’être de retour en Asie, dans les paysages de Birmanie ou du Laos. Plus du tout en Bolivie.

La ville a des allures de village amazonien tranquille, très verte, plutôt vivante, parcourue essentiellement de deux roues. On trouve une guest-house un peu à l’écart du centre, « El Curichal », tenue par un père et son fils, aux petits soins tous les deux. Les chambres donnent sur une petite cours intérieure dont tous les murs sont peints des couleurs de la jungle avec des animaux, et une dizaine de hamacs sont installé sous un manège de bois central. On est bien, on est ailleurs.

Il nous faut maintenant décider ce qu’on va faire de nos quelques jours ici, et rentrer dans la guerre des agences ! Il y a deux types de tours ici : dans la pampa, avec la certitude de rencontrer plein d’animaux sauvages, et dans la jungle, plus axée sur l’expérience de se promener, de dormir, de se familiariser à un environnement inconnu et fascinant. On hésite, on voudrait tout faire. On va voir plusieurs agences, les prix sont à peu près les mêmes, mais faire la pampa ET la jungle semble compliqué. Un couple d’anglais bien sympa rencontré à l’hôtel (Iain, originaire de Gibraltar, et Yohanna) part pour 3 jours de pampa avec « Dolphin Travel ». On décide de faire de même, on verra bien si on peut aller se balader dans la jungle le dernier jour. Nos sésames en main, on va manger des gros poissons frais du fleuve au piranha café (sauces roquefort et niçoise). Délicieux. Du coup on fait un peu pote avec le cuistot, un français pied-noir venu s’installer ici. Pendant notre retour à pied à l’hostal, un motard tente de me chopper ma sacoche à la volée, ou de me toucher le cul en me prenant pour une fille, on ne saura jamais. En tout cas il n’arrive à rien. Les chambres sont équipées d’un ventilateur, pour notre plus grand bien. On s’endort assez vite.

Lundi 24 août - Pampa / Dia 1

On prend le temps de se réveiller peinard, le départ n’est qu’à 9h. Il a plu toute la nuit, des grosses averses dont la violence nous a régulièrement réveillés. Il fait un peu plus frais du coup. On a tout ce qu’il faut avec nous : écran total et après soleil, anti-moustiques, sandales (achetées au marché la veille), maillot de bain (toujours pas Alice). On laisse les mochillas à l’hostal et on va petit déjeuner dans une échoppe de la « rue des agences » (elles sont toutes concentrées). On rencontre nos camarades de jeu de la pampa : Iain (30 ans, barbu cool) et Yohanna (24 ans, brune mimi), rencontrés à l’hôtel, Christina (dreadeuse blonde) et Diego (rasé et sec), un peu moins de 25 ans chacun, suisses allemands, et enfin les deux australiennes de l’avion, 22 et 27 ans, prénoms oubliés. On part en 4x4 pour un trajet de 3 bonnes heures sur une route pourrie (suffisamment pour devoir changer une roue à mi-parcours), jusqu’à Santa Rosa, porte d’entrée au parc protégé s’étendant de part et d’autre du fleuve Yacuma. Pendant le trajet, la pluie reprend, puis redouble d’intensité, et le terrain devient complètement boueux et difficile à pratiquer. Avec nous un chauffeur et Nico, le cuisinier fort sympathique qui nous suivra pendant trois jours. A notre arrivée à Santa Rosa, on nous donne à chacun un joli petit livret répertoriant tous les animaux susceptibles d’être croisés dans le coin avec photos, descriptifs et mode de vie (Alice porte un intérêt tout particulier au paresseux, dormant 22h sur 24h), et puis on se pose dans une sorte de cantoche en bois pour déjeuner un almuerzo local bien typique à base de soupe, de viande et de légumes.

On arrive au point de départ des embarcations (de longues barques en bois à moteur), sur les bords du rio Yacuma. Les groupes des différentes agences se préparent, entreposent leurs sacs et les containers de nourriture en queue de bateau, et partent le long du fleuve, les uns après les autres, à quelques minutes d’intervalle. C’est bientôt notre tour. Les australiennes ont rejoint une autre embarcation, on se retrouve à 6, ainsi que Nico le cuistot et Wilfredo le guide, qui nous a rejoint. Une bonne quarantaine d’années, l’air plutôt sympa au premier coup d’œil. La pluie a globalement cessé mais quelques gouttes tombent par ci par là, et le ciel est encore très couvert et venteux. Je n’avais pas prévu ça, et j’ai vite froid en t-shirt, short et sandale avec le courant d’air créé par la vitesse de la barque.

A part ça, les 3h de bateau amènent leur lot d’émerveillements. On commence par apercevoir de nombreux caïmans (tout noirs) et alligators (jaunes à bandes noires), posés comme des étrons sur la rive ou laissant leurs yeux dépasser de l’eau. Et puis des familles de capibaras (hidrochoerus hydrochaeris), mélanges informes entre sanglier (corps) et castors (tête). On s’arrête devant un arbre ou on entend des singes. Et soudain plein de petits singes genre ouistiti un peu jaunes et super mignons se pointent pour nous mater. L’un saute même dans la barque, la sillonne, monte sur les épaules de Diego et repart à la recherche de bouffe dans les sacs plastique. Un peu plus loin, un dauphin rose saute juste à côté du bateau. Des tas de dauphins de cette sorte vivent le long de ce cours d’eau. Les dauphins amazoniens ont été enfermés dans ces cours d’eau suite à des mouvements tectoniques, et ont subi des mutations génétiques pour pouvoir vivre dans ce nouvel environnement d’eau douce, loin de la mer. Leurs yeux sont devenus minuscules, adaptés à la vision en eau trouble, leur sonar s’est encore développé et leur aileron, très peu utilisé, s’est presque entièrement résorbé. On croise encore des grosses tortues d’eau posées sur des branches ou laissant dépasser leur tête de l’eau, et bien sûr une variété impressionnante d’oiseaux. Hérons, cigognes, différents rapaces qui s’envolent le long de l’eau à notre approche et rejoignent des branches d’arbres un peu plus en hauteur. Certains sont en train de pêcher dans l’eau. Et puis régulièrement, des poissons sautent à côté de nous. De part et d’autre du fleuve, des arbres touffus aux lianes tombant dans l’eau, d’autres dont il ne reste que les branches, avec parfois des gros nids autour des cimes, et puis quelques grosses fleurs, souvent roses, par ci par là.

On débarque vers 17h dans une « Ecolodge » toute en bois, construite sur pilotis, le long de la rive. On occupe une chambre à 8 lits, tous dotés de moustiquaires. D’autres groupes occupent d’autres chambres adjacentes. Des hamacs sont installés avec vue sur des arbres remplis de singes qui sautent de branche en branche. Un peu plus loin, en suivant un pont de bois, on arrive à un mirador ou tous les groupes viennent se poser pour admirer le coucher de soleil. On partage une bouteille de vin pour profiter du spectacle, le soleil de plus en plus rouge qui se laisse progressivement engloutir par la savane, au-delà du fleuve. En dessous, 4 ou 5 hommes jouent des tubes du folklore bolivien à l’aide de guitares, tambourins et flûtes, égayant une ambiance déjà bien chaleureuse. Le repas qui suit est un festin, Nico nous sert au moins 6 plats différents, salades diverses, petits légumes bien préparés, poulet en sauce et autres mets. On profite un peu du calme et des bruits des arbres et des animaux alentours avant d’aller se coucher. Dehors, les nuages se sont totalement dissipés et ont laissé la place à une pluie d’étoiles.

Mardi 25 août - Pampa / Dia 2

Le petit déjeuner commence à 7h. Différents beignets au fromage, pains, œufs au plat, crêpes… Nico s’este encore défoncé. Dehors le soleil a repris les rennes, mais des nuages continuent à voiler partiellement les cieux. L’ambiance est assez cordiale entre nous, mais ne vaut pas la virée du sud-ouest. Et le guide est plus distant qu’Edgar, ne mange pas avec nous, ne nous parle que pour nous détailler la suite des événements. On part à 8h pour la première activité de la journée : la recherche d’anacondas dans la savane !

L’embarcation ne nous sert qu’à traverser le cours d’eau, et on part à pied sur les terres de l’autre côté. Ca y est, on est vraiment dans la pampa. On traverse des terrains assez pauvres en végétations, des champs de fougères ne laissant dépasser que nos têtes, et puis des marécages encore gorgés de l’eau tombée la veille, plein de boue et de vase puante. Heureusement on s’est tous fait prêter des bottes. Ca ne nous empêche pas de nous enliser régulièrement et d’avoir du mal à lever une jambe engluée, surtout Alice qui a pris des bottes un peu trop grandes et qui manque à plusieurs reprises d’en laisser une dans la boue en laissant sortir son seul pied ! On se retrouve à côté d’un petit cours d’eau, et les recherches des gros serpents s’intensifient. Wilfredo se sert d’un bâton (au bout se séparant en deux, comme une langue de serpent) pour ratisser le fond de l’eau. On change d’endroit régulièrement, de cours d’eau en marécages herbeux, mais nos recherches restent vaines. Des nuages cachent le soleil. Wilfredo nous explique qu’il n’a pas plu les deux derniers mois, que le temps de la veille était absolument exceptionnel, et que les anacondas se cachent en l’absence de soleil. C’est con. On continue quand même à chercher. Iain est à deux doigts de tomber dans le marais, il se stabilise avec un bras qu’il plonge dans l’eau sans avoir à mouiller le reste. Yohanna, par contre, vacille complètement et tombe le cul dans l’eau boueuse. Ca c’est fait. Un peu plus loin, sur le chemin du retour, on aperçoit un autre groupe qui a lui trouvé un anaconda ! On le rejoint et on observe la bête. Environ 2m, pas le plus grand spécimen de son espèce (certains peuvent atteindre 9m !), mais quand même impressionnant. On le fait sortir de son talus, on le touche (tout doux), Diego le brandit en l’air.

Un peu plus loin, le terrain est presque dépourvu de végétation à part de l’herbe. Wilfredo nous explique que des vieux du coin brûlent régulièrement la pampa sur des lieues à la ronde pour que leurs troupeaux de vaches puisse brouter peinard. Ils sont maintenant interdits de le faire, mais ne comptent pas s’arrêter pour autant. Ils sont fous ces vieux de la pampa. Et effectivement, des vaches broutent au loin, côtoyées par quelques chevaux. Globalement Wilfredo parle beaucoup dans sa barbe, aux personnes les plus proches de lui, et n’a définitivement pas l’enthousiasme communicatif d’un Edgar. Mais il nous éclaire quand même sur certains trucs, c’est déjà ça. On rentre vers 11h30 au camp de base pour bouffer. Nico a encore pété les plombs en nombre de plats. La matinée a quand même été fatigante et on se jette dessus comme des affamés.

Après un petit repos à lire dans les hamacs et à jouer avec les singes, on repart en barque vers 14h. Objectif : aller nager avec les dauphins roses ! Wilfredo stoppe l’embarcation au milieu d’une sorte de cuvette élargissant le fleuve, où on a vu de nombreux dauphins la veille. On est d’abord trois à se baigner : Iain (prononcer « Yen »), Yohanna et moi-même, avant d’être rejoint plus tard par Christina et Diego. Il faut dire que se baigner dans des eaux totalement marron de boue et dans lesquels nagent piranhas et caïmans n’a rien de très excitant au premier abord !

Plusieurs reptiles nous regardent de la rive. A un endroit, mes pieds touchent quelque chose de visqueux et je hurle : c’est en fait seulement le fond, recouvert d’une couche gluante de dépôts divers. Et puis il y a les dauphins, qui apparaissent à intervalle varié, sautant et replongeant dans l’eau, pas très loin de nous. Il y en a beaucoup moins que la veille, mais il y en a. Wilfredo nous dit qu’aucun animal n’attaque les baigneurs tant qu’ils sont entourés de dauphins. Merci les gars.

Le soleil est maintenant seul dans un ciel totalement découvert, il fait chaud et on sèche rapidement. On revient un peu sur nos pas pour prendre un bras du fleuve et s’y arrêter. C’est l’heure de la pêche aux piranhas ! Wilfredo nous montre comment pêcher au fil, en accrochant des morceaux de viande crue au bout d’un hameçon et en tirant fort et au bon moment. Le truc est flippant : à peine les morceaux de viande immergés dans l’eau, ils se font immédiatement engloutir par ces poissons carnivores. Je repense au fait que j’étais moi aussi dans l’eau, à quelques dizaines de mètres de là. Gloups. Après un peu d’entraînement je m’avère être un pêcheur pas complètement naze. Mais je n’attrape presque que des petits piranhas, les jaunes. J’ai pitié, trop petits, je les rejette à l’eau. Je pêche plusieurs petites sardines aussi. Me semblant qu’elles n’ont pas encore embrassé leur destin, je leur rends aussi leur liberté. En fait je me sens incapable de tuer un poisson, c’est nul. Finalement je choppe un piranha jaune. Je prends mon courage à deux mains pour l’assommer contre le rebord du bateau. Il bouge encore. Je m’y reprends à dix fois, et j’ai toujours l’impression que le poisson est en vie. Je le tambourine encore plusieurs fois de toutes mes forces. Là je crois qu’il a son compte, mais je suis tremblant. Wilfredo me dit très justement : « si tu ne veux pas tuer les poissons, il ne faut pas pêcher ». Je m’en souviendrai. On a finalement 4 piranhas pour le dîner, un jaune (le mien) et trois rouges (pêchés par Wilfredo et Diego). Alice en a eu marre au bout de quelques minutes après avoir fait choux blanc, mais je lui soupçonne un peu moins de manières que moi si elle avait eu à tuer une de ces pauvres bestioles carnivores.

On est de retour vers 17h30. Encore un temps de repos. Les petits singes du coin sont maintenant nos potes. Alice veut absolument en ramener un, je prie pour qu’elle n’y arrive pas, tout en lui disant le contraire bien sûr. Le coucher de soleil est encore un grand moment. Les musiciens, couchés dans des hamacs, jouent et chantent une version espagnole d’ « Imagine » de John Lennon, alors qu’une bonne bière fraîche coule dans nos gosiers et que le soleil rouge embrase la Pampa.

Le dîner est exagéré, les plats sont innombrables et délicieux, pour tous les goûts. Les piranhas grillés arrivent en dernier, comme un trophée. Et puis Nico a fait un gâteau, c’est l’anniversaire de Taby, l’une des australiennes, qui a 27 ans aujourd’hui. Les gars de l’agence ont capté le truc sur la fiche d’inscription et lui ont préparé une surprise. Sympa. La discussion tourne voyage, itinéraires des uns et des autres, anecdotes loufoques et plus grandes incompréhensions sur la route.

Vers 20h, il fait nuit noire. Wilfredo nous propose de faire un dernier tour sur le fleuve pour observer la luminosité des yeux de caïmans dans la nuit. Ok ! On n’allume pas le moteur, on se laisse glisser par le courant en écoutant les bruits de la pampa et en éclairant les rebords à l’aide de nos lampes de poche. Les yeux des caïmans et des alligators réfléchissent la lumière de nos torches en de petits scintillements rouges. On en dénombre une centaine, qui se reflètent parfois eux même dans l’eau. La balade est vraiment reposante, et on a l’impression de découvrir une autre facette du fleuve. Le retour, contre courant, se fait avec le moteur, et on revoit tous les yeux rouges filer à toute allure à droite comme à gauche. De retour, on ne fait pas long feu avant de s’éteindre.

Mercredi 26 août - Pampa / Dia 3

J’ai très mal dormi, fais d’affreux cauchemars. Mes enfants (?) étaient devenus méconnaissables, avaient vendu leur âme au diable ou quelque chose comme ça. Je les regardais dans les yeux sans les reconnaitre, et ça m’emplissais d’une peur infinie. Réveillé en pleine nuit, remplie de tous les bruits étranges de la nuit, je n’ai même pas eu le courage d’aller aux toilettes. Le réveil à 7h m’apparait presque comme une délivrance.

Après un dernier petit déjeuner ultra copieux, on embarque une fois encore sur le fleuve. Cette fois, on va plus loin qu’on n’est jamais allé, à une allure pourtant très cool, et on prend le temps d’admirer le paysage et la faune, en perpétuelle évolution. On retrouve un tas d’animaux déjà aperçus, mais d’autres encore. En regardant bien dans les arbres, on aperçoit des perroquets aux couleurs rouges vives, qui nous racontent on ne sait quoi (surement des conneries), et puis des petits colibris (enfin on croit). Le soleil est au rendez-vous aujourd’hui, et les tortues sont toutes de sortie, les unes sur les autres (dans des positions très moyennement catholiques), par dizaines à chaque fois. Certaines d’entre elles plongent dans l’eau en nous voyant arriver, alors que les autres nous lancent des regards d’un vide absolu. Des aigles tournoient au dessus de nous, se posant parfois dans les branches d’un arbre. A un endroit du fleuve, sans doute plus profond, on se retrouve littéralement entouré de dauphins roses, qui ne cessent de sauter autour du bateau. On a vraiment l’impression d’être dans un autre pays avec Alice, dans un autre voyage. Il y a quelques jours à peine on se caillait sur des volcans à 5000m d’altitude, et là on est dans la jungle amazonienne avec des dauphins et on crève de chaud. Hallucinant. On a du mal a se dire que le voyage touche à sa fin aussi, et on profite de tous ces instants au maximum, conscients qu’ils sont précieux et qu’ils resteront.

De retour à 10h30 au camp de base, on fait nos sacs pour le départ et… on mange à 10h45 ! C’est de la folie, je n’ai jamais mangé autant. Je crois que pour la première fois en voyage je risque de rentrer avec quelques kilos en plus ! C’était pas vraiment le but, mais la nourriture est tellement bonne ici qu’il est difficile de dire non. Wilfredo est de plus en plus antipathique avec le temps, se fout un peu de notre gueule ouvertement, nous engueule si quelqu’un n’a pas entendu une consigne qu’il a dit en murmurant avec le moteur allumé… personne dans le groupe n’est très fan. Nico par contre (le cuistot) a bien mérité un pourboire !

A midi, on est sur le bateau pour le chemin retour jusqu’à Santa Rosa. Dans le sens du courant, on ne met qu’une heure et quart pour faire le trajet, en plein cagnard. Moi, comme un con, j’ai fait péter le t-shirt et n’ai pas jugé opportun de m’enduire de crème… je m’en mordrai les doigts le soir même. On repart en jeep vers 14h, pour 3 bonnes heures de route de Santa Rosa à Rurre. Toujours aussi pourrie, la route a toutefois séchée. Ca ne nous empêche pas de crever une fois de plus. La routine quoi. A 30 minutes de l’arrivée, Christina se rend soudain compte qu’elle a oublié sa sacoche avec tous ses papiers et son pognon lors de la pause précédente, à 30 minutes de route également. On insiste tous pour y retourner, mais Wilfredo et le chauffeur nous font comprendre qu’ils n’ont pas que ça à faire, qu’il faut faire attention à ses affaires. Pas cool. Du coup je prête 300 Bs à Diego, qui parvient à stopper un motard acceptant de faire l’aller-retour avec lui. J’ai l’impression d’avoir eu tellement de galères de ce genre dans ma vie que la vivre comme simple observateur me semble presque irréel. Si je pousse un peu, avec le recul de ce jour où j’écris ces lignes, j’ai presque un début de pointe de jalousie ! Mais mieux vaut ne pas pousser ;-)

Retour à Rurre. La meuf présente dans le bureau de l’agence n’a pas la clé permettant d’ouvrir le tiroir dans lequel on a laissé nos passeports, on devra repasser. Retour au Curichal, le vieux est définitivement cool. Bonne douche et repos. On voit un papillon géant. Christina me rend l’argent prêté, tout roule. On retourne à « Dolphin Travel » vers 19h, nos passeports nous sont rendus. On voit avec elle s’il est possible d’aller faire un tour dans la jungle le lendemain matin, histoire de profiter jusqu’au bout, et vu que notre vol est à 16h20. Elle nous dit que oui, on organise tout, et puis soudain elle se rappelle qu’elle a entendu que le vol de la TAM serait annulé le lendemain. Elle passe un coup de fil et confirme : on ne pourra rentrer par ce vol. On avait prévu une légère marge pour être sûr d’être à La Paz à temps et pour y faire des emplettes, mais c’est quand même préoccupant. Elle nous dit qu’on peut se faire rembourser en cas d’annulation, et qu’on peut prendre un vol d’une autre compagnie, AmasZonas. Elle passe encore des coups de fil, il reste bien de la place pour le lendemain, à 13h. On annule la jungle, ça va faire short. Elle nous dit de revenir la voir vers 8h, à l’heure d’ouverture des agences, pour nous aider à gérer tout ça. Super gentille la madame. Pas comme la majorité des habitants de la ville, qui répondent à peine à nos questions et qu’on a l’impression d’emmerder au plus haut point, beaucoup moins tranquilles que dans les hauteurs de l’altiplano.

Remis de ces changements de dernière minute, on va manger une bonne pizza (de la bouffe de gringo) au « Monkey bar ». Ambiance feutrée, bougies et Smashing Pumpkins (décidément). L’appel du lit prend le pas sur les autres options qui s’offrent à nous. J’ai des coups de soleil partout, ça brûle.

Jeudi 27 août

On se lève pour filer à « Dolphins Travel » et régler définitivement nos histoires de vols. La madame nous accompagne au bureau de la TAM. Ca ouvre juste, personne n’est compétent, le gars regarde nos billets et nous dit d’aller au bureau central de La Paz pour procéder au remboursement. Bon. Le bureau d’AmasZonas est plus spacieux, plus pro, presque tout le monde passe par cette compagnie. La meuf nous dit qu’il n’y a plus de place pour 13h, mais qu’il y en a pour… 9h30, décollage dans 1h20 ! On commence par dire ok, avant de se rappeler qu’on a du linge à la laverie, qui ne sera prêt qu’à 11h ! On hésite à prendre un vol le lendemain matin, et puis finalement il reste 2 places dans celui de 11h30, ça nous laisse plus de temps, on accepte de suite. Les billets en poche, on court à la laverie en demandant s’ils peuvent se dépêcher, ils nous répondent que tout sera prêt pour 9h30. Parfait. Pffff, que de rebondissements, on a bien mérité un bon petit déj dans un établissement à la cool.

On rentre à l’hôtel chercher nos affaires, dire au revoir à la petite famille, on va chercher notre linge tout propre, et nous voilà à l’heure pour prendre le bus en direction de l’aéroport. Le vol n’est pas à l’heure, lui, et on attend un bon moment que l’avion atterrisse et que les voyageurs sortent pour pouvoir y rentrer à notre tour. Il n’y a qu’un avion qui fait 5 allers-retours par jour entre Rurre et La Paz ! La gestion à l’aéroport est au moins aussi roots qu’à La Paz, pesée à un endroit, retrait des cartes d’embarquement ailleurs, règlement d’une taxe d’aéroports « spécial touristes » à un troisième guichet. On nous appelle dehors pour rejoindre l’avion sans passer par la porte d’embarquement (ils doivent avoir perdu la clé du cadenas).

L’avion est minuscule, beaucoup plus petit que celui de la TAM. 19 places passagers seulement ! Je n’ai jamais pris un avion « de ligne » aussi rikiki. La porte menant au cockpit n’est pas fermée. L’avion décolle après une accélération très rapide sur la courte piste herbeuse. Ca fait quand même peur. D’en haut le spectacle du paysage est toujours aussi beau, mais les secousses se font beaucoup plus sentir, surtout arrivé en fin de parcours, l’avion étant en proie aux bourrasques de l’altiplano. L’arrivée est assez remuante, ça secoue dans tous les sens, on est content d’avoir atterri. A côté de nous, un gars est totalement en nage, dégouline de ce qu’on pense avoir été une grosse frayeur. On récupère nos affaires et on fonce dans un micro à destination du centre ville.

Juste avant d’arriver place San Fransisco, Alice aperçoit Marc sur le trottoir, notre pote montagnard du sud-ouest qu’on avait laissé prêt de la frontière chilienne ! On sort du véhicule et on court dans sa direction, mais en vain, il a déjà été absorbé par la foule se pressant dans les rues aux allures de marché. On retourne donc à notre QG de La Paz, l’hostal Sagarnaga. Les gars nous reconnaissent et nous parlent en français. On se sent un peu chez nous ici. On va se manger un petit en-cas et d’obligatoires « platano con leche » au Pepe’s bar. De retour à l’hôtel, Alice sombre dans une bonne sieste pendant que je profite du Wi-Fi dans la chambre (yeah !) pour regarder mes mails en retard, y répondre, me rencarder sur les actualités françaises, internationales et musicales, uploader de nouvelles photos sur Facebook… glander sur la toile, comme ça ne m’ai pas arrivé depuis longtemps.

Je finis par aller au bureau de la TAM pour le remboursement des billets. Je poireaute super longtemps avant qu’un gars s’occupe de moi et me dise qu’il ne peut rien faire sans Alice, on doit être tous les deux présents. Ok, on verra ça demain. Au réveil d’Alice, on va dîner dans notre resto préféré « The Colonial Pot », on a nos petites habitudes ici. Elle commande un hachis Parmentier pendant que je me régale d’un filet de lama, rosé, absolument délicieux, accompagné d’une sauce aux champignons, d’une bonne purée maison et d’un peu de riz. Le riz, c’est parce que mes intestins ont fini par succomber (au moins en partie) à la bouffe locale. Et Alice n’est pas au top non plu. Mais bon, on a quand même bien tenu, hein. On va se coucher totalement repus.

Vendredi 28 août

On se lève vers 8h après une bonne nuit de sommeil. Après un bon petit déj au Pepe’s bar, direction le bureau de la TAM (on va y arriver). Le gars de la veille nous fait encore patienter devant une télé qui diffuse des clips géniaux. On voit enfin le clip du tube de l’été d’Amérique du Sud, qu’on a entendu partout, aussi bien au Pérou qu’en Bolivie, et qui fait un truc comme « One, two, three, four, un, dos, tres, quatro, RUMBA ». Une tuerie qui laisse des traces dans la tête. Le clip montre plein de meufs à moitié nues remuant leur cul, évidement. On apprend que le chanteur s’appelle « Pitbull ». Classe. Dans un autre style, « Fey », mélange de Lorie et de Kylie Minogue, elle est aussi tout à fait recommandable. Quand il a finit de remplir des tas de paperasses, le type nous en fait signer plein aussi, et nous assure que l’argent sera directement reversé sur le compte d’Alice. Ca, c’est fait.

On retourne faire un tour en ville, bien décidés à acheter quelques souvenirs ou petits cadeaux dans les ruelles marchandes autour de l’hôtel. On passe la majeure partie de la journée posé au Banais Café pour lire et écrire, et à arpenter les rues pour faire des achats. On a promis à Plak qu’on lui ramènerait un fœtus de lama… maintenant il faut que les douanes le laissent passer ! Alice tombe amoureuse d’une boutique de fringues tenue par un français (né à l’hôtel Dieu à Lyon !), « Gitano Urbano », qui fait des habits à la fois traditionnels et complètement dans l’air du temps, découpés classe. Il nous explique plein de trucs sur la laine d’alpaca. Alice repart avec un sac bien rempli ! Il nous conseille d’aller le déposer à l’hôtel sans trainer, un commerçant s’étant fait tuer par une barre en fer dans le cou la veille au soir, à l’angle de la rue ! Hum, ok.

On est actuellement au Banais Café ou Alice vient de finir « Des souris et des hommes » de Steinbeck, et d’où j’écris ces dernières lignes.

Notre avion décolle demain matin à 6h55 de l’aéroport « El Alto » de La Paz. Pour Lyon. Via Miami et Londres. Là, ça sent vraiment la fin.

Vendredi 28 aoûtLa Paz / 20h02

23 août 2009

Mines du Diable & Farniente

Dimanche 23 aoûtLa Paz

Ca y est, le retard est rattrapé ! Et en plus j’ai eu le temps de mettre pas mal de photos en ligne sur Facebook. Je les mets au fur et à mesure, c’est un peu long. C’est ICI. On va complètement changer d’environnement pendant les 4 prochains jours : au milieu des anacondas, des piranhas et des caïmans, dans la moiteur étouffante d’une jungle hostile. Hum. En attendant voici le récit de ces 5 derniers jours, entre l’horreur des mines de Potosi et la sérénité de la ville de Sucre.

Mardi 18 août

La route entre Uyuni et Potosi est en train d’être refaite entièrement en goudron (Evo ?). Après 5h de routes caillouteuses et en lacets entre les montagnes, la dernière heure est donc beaucoup plus rapide. On a juste envie de taper les cons de français qui gueulent pour un rien et qui donnent des bonbons à tous les enfants qui passent en se prenant pour les sauveurs du pays.

A 16h30, taxi pour le centre ville de Potosi à la recherche d’un hôtel pas cher et sympa (comme d’hab). L’hostal Maria Victoria devrait convenir, avec ses chambres entourant un petit patio extérieur bien agréable. Délestés de nos grosses affaires, petite promenade en ville. La ville est, un peu comme La Paz, entièrement en pente, dans tous les sens. On a vite le sentiment d’une ville pleine de contrastes. D’un côté, elle semble grande, peuplée, branchée, moderne, avec des tas d’étudiants sillonnant les rues (dans leurs costumes scolaires ou habillés djeuns), plein de librairies, de cafés, de boutiques ouvertes tard. Et de l’autre côté, on sent une ville indissociable de son histoire, avec son architecture assez coloniale, ses dizaines d’églises catholiques dans tous les sens, et surtout le « cerro rico » visible où que l’on se trouve, la fameuse montagne au pied de laquelle fût érigée la ville pour les inépuisables réserves d’argents et autre minéraux qu’elle contenait. Le spectre de la montagne confère à la ville, qu’on le veuille ou non, une ambiance très spéciale. La population a beau être en grande partie passée à autre chose, la montagne reste là, immense, rougeoyante, forte de ses 5 siècles de travail minier et de ses 8 millions de morts. Etrange présence.

On visite la cathédrale de la plaza 10 de Noviembre, centrale. On est seul, un guide nous accompagne et nous explique les tableaux de l’époque coloniale, les retables, les médaillons à la gloire de Marie, l’orgue (orphelin depuis peu du seul « maitre » savant en jouer !), tout le tralala. Tout en haut d’un des clochers (renfermant 5 cloches immenses), on a un aperçu de toute la ville, qui déborde en grimpant sur toutes les montagnes adjacentes. On voit les très nombreux clochers d’églises, les couvents, les ruelles qui serpentent, les places, vertes et bien entretenues, et bien sûr le cerro rico, toujours, régnant sur les lieux.

On se pose dans le café « La Plata » pour boire un bon lait au miel, et puis on traverse la rue pour s’attabler au resto « El Meson », au cadre romantique et précieux, mais aux plats tue-l’amour et précieux (lire chers). Même la viande de lama y est moins bonne que celle préparée par Edgar ! On va se coucher pas trop tard, après que j’ai réservé un tour à l’intérieur de la mine le lendemain matin. Alice, un peu claustro et n’ayant pas du tout envie de vivre cette expérience, fera la grasse mat !

Mercredi 19 août

Je me lève un peu tôt, laissant Alice à ses rêves, pour prendre le petit déjeuner peinard à l’hôtel. Ni copieux ni bon (café pisseux, pas de jus de fruit, pain réchauffé et sec), mais ça cale quand même un peu. Dans l’entrée, la télé est toujours allumée, que quelqu’un la regarde ou non. Principalement sur le tennis (Masters de Cincinnati). Cette fois c’est les infos boliviennes, pas cadré, aucun reportage et son digne d’un caméscope des années 80. Ca parle de la grippe A bien sûr, et puis d’une manifestation bloquant tout passage de véhicule entre Potosi et Sucre, depuis deux jours. On doit se rendre à Sucre le lendemain…

Je suis le seul inscrit pour aller voir les mines. Une meuf pas très communicative se pointe et me demande de la suivre. Elle trouve quelqu’un d’autre pour partir avec moi, un allemand dreadeux, venant d’un autre hôtel, et elle nous lâche dans un « micro » (petits bus publics qui sillonnent la ville dans tous les sens). On croit d’abord devoir se débrouiller, avant qu’une femme nous dise de sortir un peu plus loin. Petite, trapue, 40 ans environ, elle se présente comme notre guide et nous emmène d’abord au marché pour acheter des sacs de feuilles de coca et des sodas à offrir aux mineurs. Et puis avec Schultz (je me rappelle plus son prénom, mais « Schultz » a un bon potentiel comique), on achète un bâton de dynamite, histoire de voir comment ça marche. Et surtout parce qu’on est des garçons, on aime bien les explosions.

Roberta (c’est vraiment son prénom) nous emmène ensuite dans un garage pour se changer : imper jaune complet, bottes, casque et lampe avec recharge accrochée dans le dos. On se retrouve vite dans un autre minibus, mélangé à un autre groupe, en direction du cerro rico.

Arrivé là-bas, on nous fait la démonstration de plusieurs explosions de dynamite. L’autre groupe en a aussi acheté. C’est les guides qui préparent le tout et qui s’en vont allumer la mèche plus loin, dans le paysage désolé qui s’étend devant nous. Ils reviennent vite, et effectivement ça pète fort. Deux grosses déflagrations qui coupent littéralement le souffle. On grimpe ensuite jusqu’à l’entrée de la mine, et on se retrouve à nouveau trois, avec Schultz et Roberta. Des dizaines de wagonnets plus ou moins rouillés sont disposés là, à côté de tas de pierres, et puis quelques mineurs assis en silence, mâchant de la coca en se reposant. Roberta allume nos lampes, on s’engouffre dans le boyau de la mine.

On marche dans une vingtaine de cm de flotte boueuse, et le boyau se rétrécit rapidement, surtout en hauteur. Soudain Roberta a l’air paniquée et repart en arrière en courant ! Grosse peur. En fait elle cherche un endroit ou le tunnel est un peu plus large pour qu’on puisse se coller contre la paroi et laisser un charriot rempli de minerais continuer son chemin sans avoir à freiner à notre approche. Les wagonnets remplis pèsent jusqu’à 2 tonnes et sont extrêmement difficiles à arrêter, surtout en descente. Cette mine, assez « moderne », est sillonnée de rails permettant le transport des minerais. D’autres mines plus petites ne sont équipées que de brouettes. Roberta nous explique que le principal est de ne pas déranger les mineurs en plein travail, de les respecter autant que possible et de les laisser travailler à leur rythme. Le principal sport dans la mine est donc d’être à l’écoute des bruits qui l’animent, et d’être prêt à se plaquer contre la paroi, voire de rebrousser chemin en courant jusqu’à l’embranchement précédant si un charriot se pointe. Ca a un côté assez stressant, sachant que les tunnels sont souvent très étroits, qu’on y marche souvent la tête baissée, voire presque à quatre pattes. Pas très rassurant. Il fait d’abord très froid, mais l’atmosphère se réchauffe a fur et à mesure qu’on s’enfonce dans la mine. Et devient vite irrespirable. De la poussière, des vapeurs de produits plus ou moins toxiques. Heureusement des tuyaux d’air comprimé parcourent la mine et des aérations sont régulièrement ouvertes pour permettre aux tunnels d’être un peu plus respirables.

On arrive devant « El Tio ». El Tio, c’est le diable de la mine, qui protège ou tue les mineurs, selon les croyances locales. Les mineurs sont pour la plupart catholiques et prient Dieu à l’extérieur, mais à l’intérieur c’est le Tio qu’ils vénèrent. Ils font des offrandes régulières aux nombreuses statues à son effigie. Ils disposent des feuilles de coca tout autour, des guirlandes, des clops dans sa bouche, versent de l’alcool (à 96°) sur lui en prononçant son nom et celui de Pacha Mama. Chaque Tio a un gros sexe en érection, les mineurs pensant que s’il copule avec la Pacha Mama (la terre), les mines seront beaucoup plus fertiles en minéraux. Il y a un tas de superstitions ici, il faut faire attention à ne pas froisser les travailleurs (pour certains par exemple, les flash d’appareils photo détruisent les minerais). El Tio décide de tuer les mineurs qui ne l’auraient pas assez adoré, en faisant exploser une dynamite en retard par exemple, au moment ou le mineur revient pour voir le résultat de l’explosion. Faut pas faire le con avec le Tio.

De nombreux charriots remplis passent à côté de nous, poussés et tirés par de jeunes travailleurs. On s’enfonce encore un peu plus bas. On arrive rapidement à des températures avoisinant 35°, on transpire dans nos imper et dans nos casques. On se faufile dans un trou par une vieille échelle branlante, puis en rampant dans un conduit jusqu’à arriver à un cul de sac ou un mineur est en train de faire un trou dans la roche avec une longue tige en fer et un marteau. Il travaille ici depuis 10 ans. Il nous explique que le gros de son travail est de faire des trous de 20 à 30 cm de long, du diamètre d’un bâton de dynamite, pour faire exploser la paroi comme il faut. Il nous montre la roche à sa droite : de la simple pierre. A sa gauche, on voit nettement un filon de minerais brillant (argent et zinc, nous dit-il). Le mineur doit provoquer une explosion faisant s’écrouler la partie gauche mais pas la droite, sinon c’est une journée entière de perdue à nettoyer l’éboulement foireux, et pas de salaire. Ici tous les travailleurs sont payés au résultat, quel que soit la pénibilité de leur travail quotidien. Et la mine n’est plus la source immense de richesse qu’elle était (et qui a abreuvé l’Espagne pendant plusieurs centaines d’années).

Les mineurs travaillent seuls ou à plusieurs, jusqu’à 25 en même temps selon la taille des tunnels et des filons. On passe dans des boyaux qui empestent la poussière d’arsenic (selon Roberta), ça pue et ça fait tousser. Et surtout ça tue à terme ! Les mineurs meurent tous en moyenne après 15 ans passés dans la mine, à cause de ce qu’ils y respirent. Gaz nocifs (dangereuses poches de monoxydes de carbone), produits chimiques… les décès sont principalement dus à la silicose, ou à d’autres problèmes respiratoires. S’ils ne surviennent pas accidentellement auparavant.

A partir du moment où un mineur descend en dessous de 50% de sa capacité respiratoire (certificat médical à l’appui), il a le droit d’arrêter de travailler et touche une pension de 15$ par mois. S’il meure, cette somme continue à être distribuée à sa famille. Ils sont tous au courant du danger, mais pour la plupart ils estiment ne pas avoir le choix de travailler ici, et sont fiers d’être mineurs, de faire ça pour nourrir leur famille. Les conditions de travail sont affreuses. En sortant de la mine après 2h30 à l’intérieur, j’ai déjà l’impression d’être un survivant et d’avoir fait un exploit. Eux y sont pour 20 ans, 8 à 10h par jour. L’un des mineurs m’a dit être déjà resté 32h là dedans, car le travail ne pouvait attendre.

Je rentre tout chamboulé de cette expérience. Les images du travail dans l’antre du diable resteront gravées longtemps dans ma tête. Il est un peu plus de 13h, je retrouve Alice et on va manger un bout en ville. A défaut d’être cher, l’almuerzo du midi (soupe de maïs bien grasse, morceaux de poulet baignant dans le gras et salade de fruit en boîte) dans n’est pas bon non plus. On dépose du linge sale à l’unique laverie de la ville, avant de rentrer dans la Casa de la Moneda, musée sur l’histoire de Potosi, notamment lié à l’histoire de la monnaie frappée ici avec l’argent des mines.

La visite guidée (obligatoire), en français, se fait en compagnie d’une famille de Longueuil (banlieue de Montréal au Québec) et de deux… lyonnais ! Bien sûr je fais la pub pour les concerts Mediatone de la rentrée, je ne peux pas m’empêcher. On traverse des tas de salles dans ce grand bâtiment colonial bien entretenu. Pinacothèque exposant de nombreux tableaux anonymes de l’époque coloniale, montrant notamment les conquistadors s’installant devant le cerro rico et commençant à faire exploiter la mine. On découvre surtout les différents instruments et techniques permettant de frapper la monnaie au cours du temps : à la main, par le travail de chevaux mettant en branle d’immenses mécanismes de bois sur plusieurs étages, puis par le truchement de machines à vapeur, et enfin électriques. Le comble, c’est qu’après avoir été l’un des centres mondiaux de confection de monnaie, Potosi a stoppé toute sa production en 1956, pour faire frapper sa monnaie en France (à Rennes), et imprimer ses billets au Chili (moins cher) ! On voit aussi des momies découvertes dans des églises, et puis des sculptures en argent et des objets de l’époque coloniale. Intéressant.

On passe le reste de la journée à baguenauder dans les rues, dans les marchés, à la recherche d’objet d’art (non, je n’achèterai pas de bijoux !) et de tissus notamment. On a beaucoup de mal à respirer ici, beaucoup plus que dans le sud-ouest où on a été pourtant à des altitudes plus élevées. On s’arrête au Café 4060 (l’altitude de la ville), un établissement décoré, super contemporain, agréable, Andres Calamaro en fond sonore. On en profite pour se manger une bonne pizza au chorizo, et puis des ravioles à la crème, fromage et noix. Top. Je crois qu’on en avait un peu un ras-le-bol de la cuisine locale, du coup on se régale.

Encore une petite promenade pré-nocturne, avant de retourner au Maria Victoria. Le gars de la réception a capté que je m’intéressai au tennis, il m’informe que Federer a gagné son match. Merci.

Jeudi 20 août

Lever vers 9h suivi d’un petit déj peinard. On passe toute la matinée à se balader dans Potosi, à profiter du grand soleil. Retour au Café « La Plata » (l’argent) pour boire un vrai bon double expresso. A côté de nous, un couple de français qui étaient dans le même bus que nous en provenance d’Uyuni, puis déjà dans ce même café la veille, puis dans le même resto que nous plus tard… on finit quand même par se parler. Ils ont le même plan que nous : partir pour Sucre dans l’après-midi. Je leur propose donc de partager un taxi, à peine plus cher et deux fois plus rapide selon le Lonely. Ils sont ok, on grignote un petit en cas, et puis on se donne RV vers notre hôtel. De là on part ensemble prendre un micro jusqu’à la gare routière d’où les taxis partent aussi. Et là on s’aperçoit que les 2 français sont un poil neuneus : ils sont tout excité de prendre un bus local pour la première fois de leur voyage, parlent tout gentiment, tout doucement, avec une bienveillance qui frise le désagréable. On a un peu envie de leur botter le cul. Mais bon ils sont gentils, hein. On trouve tout de suite un taxi, le prix est bien celui prévu, tout roule, c’est parti. Le trajet dure 2h30, pour 200 km environ ! La route de montagne est totalement refaite et le chauffeur trace comme un fou, à 120 km/h en prenant les virages à fond. On a perdu l’habitude de tant de vitesse. Après avoir papoté un peu voyage avec nos compagnons de route culs-bénis, on n’a vite plus rien à se dire et l’ambiance tombe vite dans la contemplation des paysages et l’écoute passionnée de la Lara Fabian bolivienne qui hurle dans le poste.

Le taxi nous laisse sur la Plaza 25 de Mayo, on part vite de notre côté avec Lilice. Rappelons que Sucre est la capitale de la Bolivie (même si le gouvernement est actuellement installé à La Paz). Son nom vient du général d’armée qui a libéré la ville en 1825 sous les ordres de Simon Bolivar, le grand libérateur du joug espagnol, et qui a lui donné son nom au pays. La Bolivie n’a donc pas encore 200 ans. Bolivar n’a en réalité pas libéré que la Bolivie, mais aussi le Vénézuela, la Colombie, le Pérou… il est adulé par toute l’Amérique du Sud pour avoir rendu leur indépendance à de nombreuses populations. Etrangement, il est pourtant mort seul, abandonné de tous, son rêve d’unification de tous les pays libérés (La « Grande Colombie ») ayant réveillé les dissensions internes et s’étant fait écarté de tout type de pouvoir. Il est aujourd’hui porté aux nues, au même titre que Che Gevarra, qui n’a lui non plus eu que très peu de soutien local quand il tenté de monter une guerilla pour renverser le pouvoir ici, comme il l’avait fait à Cuba. C’est d’ailleurs en Bolivie que le Che s’est fait fusillé, près de Santa Cruz, après des mois de vaines luttes armées avec ses quelques compagnons d’infortune.

Sucre est une grande ville qui semble tout de suite très sereine. Le centre ville ne renferme quasiment que de beaux bâtiments coloniaux chaulés, aux jolis toits de tuiles rouges. On croise plein de jeunes branchés dans les rues et les jolies places super bien entretenues. Des rues remplies de bars, de restos, de magasins de fringues ouverts tard la nuit. C’est super agréable de se promener. On voit au loin des sommets, tout autour de la ville. La ville est en fait posée sur de nombreuses petites collines, les rues grimpent et descendent à tour de rôle. De très nombreuses églises là aussi. Et puis des centaines de cabinets dentaires et de cabinets d’avocats !! On ne voit que ça. Il y a certaines rues avec 5 dentistes et 5 bureaux de conseils judiciaires côte à côte ! A priori les avocats s’occupent en particulier de problèmes du genre « qui a découvert le bon filon en premier dans la mine », et les dentistes… ben c’est vrai qu’à ce niveau là ya du boulot, ils ont quand même tous les ratiches bien pourries. Il y a plus de personnes habillés à l’occidentale ici, même si on continue à croiser très régulièrement des femmes en habit traditionnel avec leurs tresses et leur tissu multicolore dans le dos, contenant babioles, légumes ou enfants, c’est selon.

On se trouve un petit hôtel sympa, le « Veracruz », avec une chambre avec télé (je pourrai mater le tennis discrètement). On passe la fin d’aprèm à gérer la suite du voyage : on s’achète deux allers-retour La Paz-Rurrenabaque, on a décidé de terminer le trip par une touche de forêt amazonienne, et le bus est fortement déconseillé pour s’y rendre (la route est connue pour être « la plus périlleuse du monde » !). L’avion a un prix super raisonnable par ailleurs. Et puis on va s’acheter notre ticket de bus Sucre-La Paz, deux jours plus tard. On peut maintenant se la jouer tranquille à Sucre, profiter de la sérénité de la capitale. On se pose au « Joy Ride café », près de la place principale. Ambiance pub branché, musique rock ‘n roll, grosses platées de viandes et de frites à la sauce piquante, cannellonis et bonne bière. Royal.

De retour à l’hôtel, Nadal mettre sa pâtée à Mathieu, et puis on s’enfile plusieurs épisodes de « Damages » dans le lit. Est-on encore en Bolivie ?

Vendredi 21 août

Enfin une vraie grasse mat. On rouille un peu dans le lit, on prend le temps pour une fois, on est bien. A la télé, Benneteau est en train de battre Murray. J’apprendrai plus tard dans la journée qu’il s’est finalement pris une raclée. On arrive au Joy Ride Café vers 11h30, et on se prend un petit déjeuner 4 étoiles : une grosse de grosse omelette sur pain grillé avec oeufs, jambon, fromage, oignon, tomate. (ils appellent ça des « œufs contre la gueule de bois » !), et puis Alice prend des pancakes au sirop d’érable et un grand bol de cruesli & fruits frais au yaourt. On est calé pour la journée.

Balade dans la ville. On grimpe jusqu’à un point de vue sur toute la ville. On voit bien toutes les collines sur lesquelles s’étend la cité, tous ses bâtiments blancs type coloniaux, et ses clochers qui surgissent de partout. Il fait au moins 25°, gros soleil, on est en t-shirt. Petite bière (la « Huari », dont l’étiquette montre fièrement qu’elle a été médaille d’or en… 1977 !) avachi dans des chaises longues sur une terrasse extérieure, « Radio Gaga » de Queen dans les oreilles. On retrouve un couple de français qui faisait partie du groupe rencontré en début de voyage, sur le bateau nous menant à l’Isla de Sol. Ils ont principalement fait des treks tout autour de La Paz et s’en vont maintenant vers Potosi et Uyuni, on se raconte, ils sont très sympas.

On va ensuite faire un tour au musée de la Recolata, en fait un joli couvent franciscain aux quatre patios fleuris (style andalou), contenant pas mal de tableaux et d’objets d’époque. On y voit aussi un cèdre millénaire, absolument énorme (le tronc doit faire la largeur de 6 hommes costauds côte à côte), et puis une plaque qui commémore l’endroit exact ou Pedro Blanco, troisième président de la Bolivie (et premier bolivien), s’est fait assassiné par un coup de fusil en 1829, alors qu’il se promenait peinard prêt du toit.

En redescendant en direction du centre, on s’arrête visiter le musée des Arts Indigènes. Super intéressant, on y apprend beaucoup sur les traditions artisanales, textiles, musicales et festives de plusieurs minorités indigènes provenant des villages tout autour de Sucre, notamment les Jalq’a et les Tarabuco. Le plus fascinant est l’évolution des motifs (animaux fantastiques entrecroisés en rouge et noir chez les Jalq’a, petites scènes de la vie de tous les jours démultipliées et muticolores chez les Tarabuco) et des techniques de tissage à travers le temps, jusqu’à nos jours. Etonnamment, ces minorités ne cessent de perfectionner leur technique et un progrès énorme a été fait depuis les années 80, notamment grâce au regroupement des meilleurs tisserands en coopératives bien organisées et payant correctement le difficile travail accompli.

On rejoint notre « base » (le Joy Ride café) vers 19h. En montant à l’étage, on rejoint une salle de projection dans laquelle un film est diffusé chaque soir. Ce soir, c’est « The Devil’s Miner », un reportage sur un garçon de 14 ans, sans père, travaillant dans les mines de Potosi depuis 4 ans pour subsister aux besoins de sa famille (un frère et une sœur, plus petits), et tentant de suivre en même temps un cursus scolaire pour se donner une chance d’en sortir un jour. C’est un film très dur évidemment, que j’aurai tendance à conseiller à ceux qui souhaitent s’intéresser de plus près aux conditions de travail dans cette « Mine du Diable ».

On mange deux platées de pâtes avant d’aller se coucher. En demi-finale de Cincinnati, ça sera Federer - Murray et Nadal – Djokovic. Tout est normal. On termine la saison 1 de « Damages ». Totalement chanmé cette série.

Samedi 22 août

Après un petit déjeuner copieux (le même que la veille) au Joy Ride Café (décidément notre QG de Sucre), on repart se balader en ville. Il fait toujours aussi beau, aussi chaud. Par contre tout est fermé, à partir du samedi après-midi c’est vraiment une ambiance week-end. On chemine un peu plus dans l’ouest de la ville, on traverse un grand parc bien vert, avec une sorte de mini tour Eiffel au centre, et puis des petits cours d’eau, et puis un grand parc pour enfants. De très nombreuses familles sont là, à bouffer des glaces et des bonbons (les adultes) et à faire des tours de mille pattes et de grandes roues (les adultes et les enfants). On flâne dans les différentes boutiques d’artisanat (après le musée, on a l’impression de s’y connaitre grave), et puis je me rachète des lunettes de soleil (oui bon, je les ai encore perdues). Des « Diesel » cette fois.

Après ce grand tour, on se repose un moment au Joy Ride Café pour un moment de détente lecture / écriture, avant d’aller rechercher nos « mochillas » à l’hôtel, de prendre un micro jusqu’au « terminal terrestre » et d’embarquer dans le grand bus « El Dorado » en direction de La Paz, une fois de plus. Cette fois on a bien regardé toutes les offres, et on a pris un bus la classe, « cama » pour de vrai, chauffé, tout ça. C’est le top du confort, pour le même prix que les autres compagnies (ça paraitrait presque louche). On a la place, on peut coucher le siège presque en vertical. Et on dort plutôt bien.

Dimanche 23 août

Arrivée à La Paz à 7h du matin, comme prévu, après 12h de trajet sur une route parfaite. On se réveille au niveau del Alto, et on profite une fois de plus d’une vue éblouissante sur la ville en contrebas, avant de s’y engouffrer et de stopper à la gare routière. On marche jusqu’au café Banais, à côté de la place San Fransisco, ou on se pose pour petit déjeuner, lire, écrire. La finale de Cincinnati opposera Federer à Djokovic, qui a battu Nadal. Haha. Discussion msn entre La Paz et Hong Kong avec Claire (avec 12h de décalage horaire !), ça fait trop plaisir d’avoir de ses nouvelles. Alice est en train de finir le deuxième tome du Trône de Fer (à conseiller à tous ceux qui n’ont pas lu), elle est à fond dedans. On profite du temps qui nous reste avant de prendre l’avion cet après-midi en direction de Rurrenabaque, à une heure de vol au nord, en plein bassin amazonien. Retour à La Paz (en avion aussi) prévu le 27 août… suivi assez vite du vrai retour en France. Ca passe vite ces conneries.

Dimanche 23 aoûtLa Paz / 10h02